lundi 14 mars 2011

CONFUSIONS LAÏQUES (article du Président de l'observatoire international de la laïcité)

Ne touchons pas à la loi de 1905.
Le débat sur la laïcité prend un tour inquiétant.
Des confusions sont commises par une partie de la classe politique.
La plus terrible et sans doute la plus dangereuse, est celle qui consiste à considérer que la
laïcité doit être exhibée comme un rempart contre le musulman envahissant la France.
Madame Marine Le Pen ne parle de laïcité que lorsqu’elle rencontre un musulman.
L’intégrisme catholique, le créationnisme, ne lui posent pas de problème.
Il s’agit là d’une instrumentalisation de la laïcité au profit d’idées rétrogrades qui ne font pas
partie du corpus républicain minimum.
Elle exprime également la confusion entre le citoyen d’origine arabe et le musulman comme
si toutes les personnes vivant sur le sol national et nos compatriotes d’origine arabe étaient
nécessairement musulmans !
Il est vrai que cette confusion est entretenue par la volonté de certains, partant d’une bonne
intention, de lier la question de la laïcité à celle de l’intégration.
On pourrait citer de nombreux exemples : de bons bourgeois catholiques biens nés qui, soit
méconnaissent, soit n’entendent pas respecter les principes laïques, ou même des protestants
qui, eux-mêmes, demandent la révision de la loi de 1905 pour financer des lieux de cultes
pour des églises évangéliques...
La laïcité concerne tous les citoyens français quelques soient leurs origines et l’intégration ne
saurait occulter sa problématique principale.
La laïcité appartient à tout le monde et elle concerne tout le monde !
Quelques propos d’importants membres du personnel politique réduisent par ailleurs la laïcité
à la liberté religieuse.
La laïcité c’est, bien sûr, la liberté d’exercice des cultes mais ce n’est qu’une branche de la
laïcité, la principale étant le respect de la liberté de conscience et la non-immixtion de l’État
dans les affaires religieuses et de manière corollaire la non-immixtion des religions dans les
affaires de l’État.
Or, que l’État aujourd’hui entame une réflexion sur «
française
Ça n’est pas à l’État de réfléchir sur la place de l’islam ou du catholicisme ou de tous autres
courants de pensée spirituelle ou philosophique dans la société française.
Il appartient à l’État de faire respecter les lois de la République dans tous les domaines, un
point c’est tout.
C’est aux musulmans, aux catholiques, aux juifs croyants, aux protestants, aux bouddhistes,
etc., d’organiser leur propre culte et de faire le nécessaire pour que celui-ci trouve sa place
dans la société française et en particulier dans les principes qui fondent le pacte républicain
qui sont rappelés notamment par le préambule de la Constitution de 1958.
De même, beaucoup de politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, entendent importer du
Canada les «
Une tribune récente de responsables écologiques parue dans le journal
claire à cet égard et on y retrouvait, au fond, le concept de laïcité positive cher au président de
la République.
C’est encore une confusion regrettable.
Accepter le catégorisme religieux dans les cuisines des écoles publiques, encourager
l’identification culturelle, née d’une spiritualité religieuse, à l’intérieur d’une société,
s’accommoder en effet d’un certain nombre de comportements, comme en particulier les
prières dans la rue, ce n’est pas permettre une laïcité dite ouverte et tolérante, c’est au
contraire, ramener la laïcité à la diversité et c’est par conséquent remettre en cause le principe
même de laïcité qui est un principe juridique et philosophique qui doit se situer au-dessus du
culturel.
Et naturellement, avec ce débat, l’on arrive à la principale confusion qui consiste à vouloir
modifier la loi de 1905 ou en tout état de cause, à trouver les parades et les tours de passepasse
réglementaires pour, sans changer la loi de 1905, faciliter le financement public de la
construction des lieux de cultes et en particulier des mosquées.
Fausse bonne réponse.
C’est d’abord en effet ouvrir la boîte de Pandore et que personne ne s’étonne alors que
d’aucuns remettront en cause le financement des écoles confessionnelles par le biais des
contrats d’associations ou la technique des baux emphytéotiques utilisée par certaines
communes pour justement faciliter la construction des lieux de culte.
Surtout, la loi de 1905, qui est, rappelons-le, une loi de compromis, a pacifié pendant de très
nombreuses années jusqu’à aujourd’hui les rapports entre l’État et la religion et par
conséquent les religions et la société.
Le catholicisme l’a bien compris.
Que l’État ou les collectivités publiques financent ou participent au financement d’un lieu de
culte c’est une prise de position idéologique, philosophique ou religieuse qui viole le principe
de neutralité de l’État et des collectivités publiques. C’est privilégier une partie de la
population sur le seul critère d’une foi et de la pratique d’un culte au détriment d’une partie de
la population que l’on oublie toujours et qui est certainement, en tout cas en France,
majoritaire, une partie de la population qui ne se reconnait en aucune religion, qui ne participe
d’aucun culte et ne se soumet à aucune église, qui nie l’existence d’un dieu et revendique une
conception matérialiste de la vie, ou qui tout simplement doute ...
La laïcité, c’est le droit de croire ou de ne pas croire. La loi de 1905 c’est le positionnement
d’un État qui ne prend pas parti dans ce droit de croire ou de ne pas croire mais qui le fait
simplement respecter sans pour autant favoriser l’un ou l’autre.
Certes, la France a des sources chrétiennes, mais la France républicaine s’est construite autour
des valeurs des Lumières, et les progrès scientifiques, sociaux et de moeurs ont été réalisés
souvent contre l’église catholique.
Enfin faut-il encore rappeler que le choix n’est pas entre la dictature laïque et la dictature
islamique ? La laïcité c’est la démocratie !
Jean-Michel Quillardet
la place de l’islam dans la société» est évidemment une confusion nouvelle dans le domaine de la laïcité.accommodements raisonnables ».Libération était très
Président de l’Observatoire international de la laïcité
contre les dérives communautaires
Titulaire de la Chaire Jean Zay à Sciences Po Bordeaux

vendredi 4 mars 2011

Des débats sur la Burqua, aux discussions sur l’Islam en France.

En tant que président de L’Observatoire de la Laïcité de la Haute-Garonne.
Je m’étais  prononcée contre le port du voile intégral dans l'espace public ou de toute tenue ou accessoire destiné à dissimuler son visage au regard d'autrui.
Les principes fondateurs de la République et les valeurs qui prônent la liberté, l’égalité et la fraternité, n’ont pas besoin de nouveaux éléments pouvant diviser les communautés en France.
La Laïcité et la Fraternité sont de nature à promouvoir la dignité de la personne humaine ainsi que l’égalité des sexes. Ils doivent toujours être considérés, à mon sens, comme les principes éthiques d’une bonne gouvernance.
« Nous rappelons qu’au regard de la loi et de nos engagements internationaux relatifs aux droits de l'homme, le port de tenues visant à dissimuler son visage dans l'espace public ne peut être admis. »
Nous considérons « la sécurité » comme un droit fondamental.
 On ne peut donc, imaginer dans l’espace public, des attitudes qui permettraient, à des individus de se soustraire à toute identification.
 C’est le sens même de notre civisme qui serait atteint par de tels usages. D'où la nécessité pour l'Etat, qui en est le garant, de prendre les mesures propres à assurer la sauvegarde de l'ordre public.
Au regard de la volonté du Président Sarkozy de vouloir à tous prix assimiler les affaires religieuses et les affaires de l''Etat, nous ne pouvons qu'être des plus vigilants.
Les divisions que pourraient entraîner une quelconque modification de la loi de 1905 relative à la séparation des Eglises et de l'Etat sont de nature toute aussi dangereuse pour l'unité du pays.
La France garde en son sein les racines qui sont les siennes, elles font partie du patrimoine et de l'histoire, mais on sait pertinement que l'histoire s'écrit tous les jours et que notre histoire proche vaut les deux mille ans passé.
Vouloir faire rentrer les affaires religieuses dans les affaires d'Etat pourraient nous amener à introduire un élément jusqu'alors prohibé par le devoir Laïc de l'Etat vis à vis de la liberté de conscience de chacun d'entre nous.
Ce danger apporté par le gouvernement Sarkozy est de nature à détruire les fondations de notre République.
Nous ne laisserons pas détruire les fondations Républicaines qui forme le ciment  nos libertés et de notre égalité.
Espérons que le peuple saura répondre par la négative à toutes manipulations du pouvoir pour occulter les problèmes et les affaires de celles et ceux qui nous dirigent et  ne peuvent que nous diriger vers une voie sans issue !